Face au vieillissement de la main-d’œuvre et à des exigences réglementaires croissantes en matière de transparence, le secteur de la construction doit évoluer rapidement tout en continuant à fournir les infrastructures, bâtiments et installations industrielles nécessaires à la croissance économique. Dans ce contexte, les fabricants de produits de construction ont un rôle déterminant à jouer. En s’appuyant sur l’automatisation, ils peuvent accompagner la transition du secteur vers des modèles de construction plus industrialisés, où l’expertise humaine est mobilisée là où elle apporte le plus de valeur.
Une pénurie de compétences qui s’intensifie
La pénurie de compétences constitue aujourd’hui un défi majeur pour l’ensemble des secteurs industriels. Dans la construction comme dans l’industrie manufacturière, cette problématique est aggravée par le départ à la retraite progressif d’une main-d’œuvre expérimentée.
Au Royaume-Uni, plus de 140 000 postes sont actuellement vacants dans le secteur de la construction. Avec plus d’un tiers des salariés appelés à quitter le marché du travail d’ici 2035, les perspectives sont préoccupantes. Pour répondre à la demande prévue, l’industrie devra recruter plus de 36 000 nouveaux travailleurs chaque année au cours des cinq prochaines années.
Le secteur manufacturier fait face à des difficultés similaires : près de 98 % des entreprises considèrent le recrutement et la fidélisation des profils qualifiés comme un enjeu stratégique, tandis que 75 % identifient le manque de compétences comme le principal frein à leur croissance.
L’accès limité à la formation, l’évolution des aspirations professionnelles des jeunes générations et les incertitudes économiques mondiales accentuent encore ces tensions. Pour maintenir leur niveau d’activité malgré ces contraintes, les entreprises se tournent vers de nouveaux leviers de productivité, de transparence et d’efficacité opérationnelle.
L’ensemble de la chaîne de valeur, des fabricants aux entreprises de construction en passant par les installateurs, investit ainsi dans l’automatisation, la digitalisation et les technologies d’identification avancées, notamment les codes 2D, afin de développer des modèles de construction plus connectés et industrialisés.
Plus d’efficacité, de contrôle et de visibilité
Les fabricants de matériaux et produits de construction subissent une pression particulière. Au-delà de la perte progressive des savoir-faire, ils doivent produire davantage avec des ressources humaines limitées.
L’époque des longues séries de fabrication standardisées est révolue. Même des produits courants comme les plaques de plâtre, le ciment ou les granulats existent désormais dans de multiples variantes nécessitant des séries plus courtes, davantage de changements de production et des délais toujours plus serrés.
Dans ce contexte, l’automatisation devient essentielle. Les solutions de codage automatisé exploitent les données de production existantes pour gérer automatiquement les changements de références, réduire les erreurs humaines et limiter les arrêts de ligne.
L’ajout de systèmes d’inspection automatisés permet également d’améliorer les performances opérationnelles. Les défauts sont détectés rapidement, les opérateurs sont alertés en temps réel et les problèmes peuvent être corrigés avant qu’ils ne génèrent des rebuts ou du gaspillage.
Par exemple, un système de vision associant codage et contrôle qualité peut automatiquement écarter les produits non conformes tout en indiquant aux équipes la source du problème.
L’intégration des équipements industriels à travers des standards ouverts offre par ailleurs une vision plus complète des opérations. Reliés aux systèmes ERP de l’entreprise, les processus de production, de codage et d’inspection peuvent être coordonnés dans un flux automatisé limitant les interventions manuelles et les risques d’erreur.
Grâce à des tableaux de bord centralisés, les entreprises disposent d’une meilleure visibilité sur leurs performances, identifient plus rapidement les goulots d’étranglement et réduisent les inefficacités.
Pour les acteurs de la construction, ces avancées se traduisent par une qualité de produit plus constante, une meilleure transparence sur les processus industriels et une plus grande prévisibilité des livraisons.
La traçabilité de bout en bout devient incontournable
Les systèmes de production automatisés constituent également le socle d’une traçabilité complète tout au long du cycle de vie des produits.
Les nouvelles réglementations européennes, notamment le Règlement sur les Produits de Construction (CPR) imposent aux fabricants de fournir des informations produit structurées et accessibles sous format numérique.
Grâce aux données de production automatisées et à des standards internationaux comme GS1 Digital Link associés aux codes 2D, les fabricants peuvent intégrer directement ces informations réglementaires aux produits dès leur fabrication.
Cette continuité numérique crée un véritable « fil digital » reliant l’usine au chantier.
Au-delà de la conformité réglementaire, cette approche permet de constituer un historique complet de la construction. Chaque produit peut être associé à ses données d’installation, ses rapports d’inspection, des photographies ou encore sa localisation exacte dans l’ouvrage.
Les gestionnaires de projet bénéficient ainsi d’une documentation plus fiable, simplifiant les contrôles, les validations et la gestion administrative.
Cette disponibilité de l’information contribue également à accompagner les équipes moins expérimentées. En facilitant l’accès aux notices techniques, aux données de sécurité et aux procédures de mise en œuvre, elle réduit la dépendance à l’égard d’une expertise devenue rare tout en favorisant la transmission des connaissances.
L’essor de la construction modulaire
L’automatisation soutient aujourd’hui l’une des évolutions les plus marquantes du secteur : le développement rapide de la construction modulaire et préfabriquée.
Ce marché en forte croissance répond simultanément à plusieurs enjeux : pénurie de main-d’œuvre qualifiée, maîtrise des coûts et exigences environnementales accrues. Sa valeur devrait atteindre près de 164 milliards de dollars à l’horizon 2030.
Pour les entreprises de construction, les avantages sont nombreux. La fabrication hors site de composants ou de modules complets permet de réduire les besoins en main-d’œuvre spécialisée sur les chantiers, de mieux maîtriser les délais et d’accélérer les travaux.
En revanche, cette approche exige une planification rigoureuse, une coordination parfaite et une qualité irréprochable des composants.
Dans un environnement modulaire, la moindre erreur peut avoir des conséquences importantes. Un câble électrique incorrect ou une pièce non conforme peut entraîner le rejet complet d’un module.
Cette exigence renforce encore le besoin de transparence et de traçabilité. Chaque composant doit être identifié, suivi et associé précisément à sa position finale au sein du bâtiment.
Les codes 2D jouent ici un rôle clé en garantissant une traçabilité complète tout au long des phases de fabrication et de pré-assemblage.
Préserver et transmettre les connaissances
La généralisation de nouveaux modèles industriels met également en lumière un autre défi majeur : la préservation du savoir-faire à mesure que les salariés expérimentés quittent le marché du travail.
L’un des avantages majeurs de l’automatisation réside dans sa capacité à capturer et structurer les connaissances opérationnelles. Les données collectées permettent d’identifier les bonnes pratiques, de formaliser les procédures et de les rendre accessibles aux nouveaux collaborateurs.
Les évolutions numériques ouvrent également la voie à une utilisation accrue de l’intelligence artificielle. Les fabricants peuvent exploiter les données issues de leurs systèmes automatisés pour optimiser leurs opérations, faciliter la prise de décision et documenter les actions menées par les équipes.
Dans le secteur de la construction, l’IA commence déjà à être utilisée pour rapprocher les exigences d’un projet des références produits les plus adaptées. Lorsque les données respectent des standards communs, il devient possible d’automatiser davantage le processus de sélection des composants dès la phase de conception.
Une transformation déjà à portée de main
Le secteur de la construction fait face à des défis considérables : pénurie de compétences, exigences réglementaires renforcées, impératifs de productivité et nécessité de préserver les savoirs.
Pour rester compétitifs, les fabricants comme l’ensemble des acteurs de la filière devront accélérer leur transformation. L’automatisation, la digitalisation et la traçabilité constituent des leviers clés pour relever ces enjeux tout en préparant l’avenir.
Les technologies nécessaires existent déjà. Le véritable défi consiste désormais à les intégrer efficacement dans les processus industriels afin de construire une filière plus performante, plus transparente et plus résiliente.